VESTIGES 

2019

Projet de recherche à la Villa Kujoyama | Kyoto


Avec son projet de recherche Vestiges, Benjamin Bertrand souhaite entrer au contact de la spatialité japonaise. Sur l’archipel nippon, il désire tracer une danse tactile et souterraine, partagée entre l’horizon de soi et l’abîme au fond de soi, inspirée par les marches glissantes du Noh et les gestes de consolation de certaines cérémonies funéraires. Ces matières chorégraphiques, anthropologiques et fictionnelles seront la base d’écriture d’un solo Vestiges et d’une première pièce de groupe rassemblant quatre interprètes et une artiste sonore : La fin des forêts.


Vidéos et photos réalisées par la documentariste Lisa Surault








13/10/19
“La mémoire est un miroir à fantômes. Elle montre parfois des objets trop lointains pour être vus et parfois les fait paraitre tout proches” -Michima, La mer de la Fertilité

29/09/19
SUPER-NATURAL
Émotion aujourd'hui lors de ma troisième classe de No avec le jeune maître Tatsushige Udaka ayant débuté la scène à l'âge de trois ans : immense chance de pouvoir toucher grâce à lui à une infime partie du répertoire No, principalement aux Mugen-No, des histoires de fantômes où les spectres reviennent pour raconter leurs derniers instants de vie. Aujourd'hui, je suis complètement étourdi par la contemplation des masques du père de Tatsushige, grand maître de l'école Kongo. Étourdi par les difficultés de la langue française à rendre compte des subtilités silencieuses des masques de "ko-omote", jeunes filles à la grande beauté, qui pour mon oeil de débutant sont parfois très très ressemblants : ici, une jeune fille de 14 ans, à coté une autre de 20 ans qui porte le poids de davantage d'histoires dans son coeur, encore une autre qui est plus silencieuse mais dont la beauté est presque divine. Je regarde l'évolution entre un rectangle de bois assez ordinaire et ces pièces d'art complètement surnaturelles. Ensuite, nous feuilletons un très beau livre sur les masques et je suis interpellé par un masque de fantôme émacié. Tatsushige me montre la manière dont les masques s'animent, comment il fait naître dans son personnage, par l’inclinaison et la direction du masque, une mélancolie du souvenir, celle d’une reine fantôme qui se souvient de son amour mort au combat et baisse les yeux comme pour regarder le champ de bataille, aussi comment ce visage masqué a comme une révélation, une épiphanie quand il raconte ses derniers instants de vie, ceux d’un personnage fantomatique tombé au fond de l’océan et regardant la surface de la mer comme s’il regardait le ciel.
Ce masque est porté par l'acteur principal dans une pièce où un fils revient d'entre les morts pour se venger mais est finalement guéri par l'amour maternel.
Je commence l'apprentissage de cette pièce.
Il me faudrait, faudra ? des années pour l'apprendre...






“Par sa nudité, le visage me commande” - Lévinas