La fin des forêts : part I
Solo VESTIGES



Durant sa résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto, Benjamin Bertrand a pratiqué le théâtre Noh, théâtre traditionnel où le monde des vivants communique avec le monde des morts, où l’acteur devient le passeur des gestes endeuillés des spectres. De ces gestes, il produit une archive à partir de 196 danses filmées : il capture pieds, mains et visages pour former un atlas gestuel de ces danses mélancoliques.

Matériaux de base à l’écriture de son nouveau solo, Benjamin Bertand interroge la notion de vestige pour désigner la trace d’un pas, son réseau sur le sable, vestige d’une présence sur le sol dont nous ignorons l’origine, fumée que nous regardons sortir de la forêt sans savoir de quel feu en est la combustion. Le vestige semble moins désigner le paysage d’une disparition qu’une oasis invisible ayant survécu au passage du temps, un indice discret et persistant dans la mémoire.  

S’il existe des vestiges qui laissent des traces de pas sur le sable, leur survie n’est possible que par le médium des passeurs, des batisseurs, des héritiers : des veilleurs. 
Mais, de quel feu sont-ils les veilleurs ? Peut être que ce feu a quelque chose à voir avec une histoire des larmes : larmes de l’amour, larmes de la colère, larmes de la naissance. Ces larmes sont les trésors engloutis, des danses englouties qui refont surface comme celles de l’Atlantide, larmes de l’Atlantide noire qu’évoquait le groupe techno de Détroit, Drexciya pour évoquer la civilation engloutie et survivante à la traite négrière, civilisation survivante au naufrage des esclaves noirs-africains dont les descendants seraient réapparus à Détroit sous la forme de super-héros.

Il s’agit d’une danse aquatique qui «apprend à faire mémoire et à vibrer avec les fantômes» pour reprendre les mots de Donna Haraway.

Dans ce nouveau solo, Benjamin Bertrand se propose de faire appel aux pouvoirs d’affranchissement de la danse contemporaine dont l’histoire polymorphe ne cesse de cartographier les incertitudes du présent. 

Sommes-nous responsables de nos gestes ?

Faut-il être auto critique dans sa pratique artistique ?

Si oui, à partir de quelles normes ? Si non, à partir de quelle idée ? 

De quelles éthiques politiques la danse est-elle porteuse ? 

Qu’est-ce qu’une danse queer ?

Peut-on fonder des danses sans mythes ? 

Tout mythe est-il patriarcal ?