VESTIGES 

2019


Avec son projet de recherche Vestiges, Benjamin Bertrand souhaite entrer au contact de la spatialité japonaise. Sur l’archipel nippon, il désire tracer une danse tactile et souterraine, partagée entre l’horizon de soi et l’abîme au fond de soi, inspirée par les marches glissantes du Noh et les gestes de consolation de certaines cérémonies funéraires. Ces matières chorégraphiques, anthropologiques et fictionnelles seront la base d’écriture d’un solo Vestiges et d’une première pièce de groupe rassemblant quatre interprètes et une artiste sonore : La fin des forêts.

Intention 
La figure du double hante Vestiges, solo chorégraphié et interprété par Benjamin Bertrand. Ce solo s’inspire du paysage maritime du Fujito, pièce de Noh où la mère d'un pêcheur cherche sur le rivage les traces de son fils disparu. Benjamin Bertrand tente de reconstituer cette scène en touchant à une sensation de la perte et à son intensité sensuelle : il incarne tour à tour la mère et le fils en revisitant leurs gestes de lamentation et de remémoration, en portant le masque Noh du fils et le drapé de la mère.

Irradiée par la musique drone d'Eliane Radigue en dialogue avec l'univers chamanique de l'artiste sonore PYUR, la chorégraphie s'inspire de deux textes, l'un japonais (le Fujito, Noh de Zeami), l'autre grec (Hécube, tragédie d'Euripide) qui tout deux font le récit de la perte d'un fils dans la mer. Elle s'inspire des gestes stylisés du Noh, ces gestes retenus du deuil japonais, en les faisant entrer en contact avec les cris de colère des piétas de la Méditerranée, ces visages de la tragédie antique en état d'ouverture et de tristesse extrême. La tragédie grecque renvoie Benjamin Bertrand à son origine méditerranéenne, à ces figures de mères orientales qu’il fantasme comme figures maternelles.

En allant collecter ces gestes de deuil issus de traditions formelles et culturelles lointaines, Benjamin Bertrand cherche à tracer une histoire commune des corps tristes et à révéler les traces moléculaires laissées par le passé à l’intérieur de nos corps contemporains.

Vestiges est un des projets lauréats de la Villa Kujoyama 2019 et forme un dytique avec La Fin des forêts, pièce de groupe prévu pour 2021 et réunissant quatre interprètes et la créatrice sonore PYUR.





Vidéos et photos réalisées par la documentariste Lisa Surault